Les ornements de la cornemuse : gracenotes, doublings, grips, birls

Sur la cornemuse écossaise, on ne peut ni couper le son ni jouer plus fort sur un temps. Pour séparer deux notes, marquer un appui ou donner de l’élan à une phrase, le sonneur dispose d’un seul outil : les ornements. Ces petites notes très rapides, appelées gracenotes en anglais, forment un vocabulaire codifié qu’il faut apprendre un mot après l’autre.
Pourquoi tant d’ornements ?
Le chanter sonne en continu tant que la poche est sous pression. Deux conséquences en découlent :
- deux notes identiques successives se fondraient en une seule, faute de silence possible entre elles ;
- l’accentuation ne peut pas venir de l’intensité du son, qui reste constante.
Les ornements règlent ces deux problèmes. Une note brève placée juste avant une note de mélodie l’« attaque » et la détache de la précédente. Un groupe de plusieurs petites notes crée un accent rythmique fort, à la manière d’un coup de batterie. Sur la partition, ces notes s’écrivent en petit, hampe en haut, sans compter dans la mesure, comme expliqué dans notre page sur les partitions.
Les gracenotes simples
L’ornement de base est une seule note très brève jouée avant la note de mélodie. Les plus courantes sont :
| Gracenote | Usage principal |
|---|---|
| Gracenote de sol aigu (G gracenote) | la plus fréquente, sur presque toutes les notes sous le sol aigu |
| Gracenote de ré (D gracenote) | souvent sur les notes graves, notamment pour répéter une note |
| Gracenote de mi (E gracenote) | très utilisée sur le la grave et dans de nombreuses formules |
La gracenote se joue en levant puis en reposant un doigt très vite, sans que la note ornementale ait de durée perceptible en tant que note. On l’entend comme une articulation, une consonne au début d’une syllabe.
Strikes et doublings
Le strike consiste à frapper brièvement une note plus grave pendant une note tenue, ou entre deux notes identiques. Sur le la grave, par exemple, on frappe le sol grave. L’effet est une coupure nette dans le son.
Le doubling est un groupe de deux ou trois petites notes qui enveloppe la note de mélodie : une gracenote au-dessus, la note elle-même très brève, puis une autre gracenote. Il existe un doubling pour presque chaque note de la gamme. Les doublings donnent du poids aux temps forts et sont omniprésents dans les marches et les reels.
Le grip et le taorluath
Le grip fait passer très rapidement par le sol grave, avec une note de ré au milieu : sol grave, ré, sol grave, avant la note suivante. Il sert à séparer deux notes, en particulier deux notes identiques, avec un effet plus appuyé qu’une simple gracenote. Sur certaines notes, une variante remplace le ré.
Le taorluath prolonge le grip par une gracenote de mi. C’est un ornement plus long, très présent dans la musique légère comme dans le pibroch, où il donne son nom à une variation entière. Son nom vient du gaélique.
Le birl
Le birl est un ornement propre au la grave. Il fait alterner très vite le la grave et le sol grave, en général par un mouvement de frappe de l’auriculaire de la main du bas. Il en existe plusieurs façons, avec ou sans gracenote d’attaque. On le trouve surtout dans les reels, les jigs et les hornpipes, où il donne une impulsion caractéristique.
Les throws
Le throw est un ornement descendant puis montant, qui « lance » la note. Le plus courant est le throw sur ré, joué en partant du sol grave. Il existe une version légère et une version dite lourde, plus longue. Le throw sur mi, que l’on appelle souvent edre ou edra, relève de la même famille.
Les ornements du pibroch
Le pibroch utilise un vocabulaire en partie distinct, avec des ornements longs et très formalisés. Le crunluath, en particulier, est un groupe de nombreuses petites notes qui structure les variations finales des morceaux. Certaines formules du pibroch ont aussi leurs propres noms, hérités de l’ancienne notation chantée. Ce répertoire est présenté dans notre page sur le pibroch.
Comment les travailler
Les ornements exigent une précision de doigts qui ne s’improvise pas. Les enseignants recommandent généralement les mêmes principes :
- apprendre chaque ornement seul, très lentement, en vérifiant chaque petite note ;
- le placer ensuite dans une gamme, sur chaque note où il se joue ;
- l’intégrer dans un air simple, d’abord à tempo réduit ;
- accélérer progressivement, sans jamais sacrifier la netteté.
Deux défauts reviennent souvent : les ornements « avalés », dont une note disparaît, et les ornements trop lents, qui finissent par prendre de la durée à la note de mélodie. Un enregistrement de sa propre pratique, réécouté à vitesse réduite, aide à les repérer.
Tout ce travail se fait au practice chanter, avant le passage à la grande cornemuse. Les positions des doigts nécessaires sont décrites dans notre page sur la gamme et les doigtés.
Ornements et style
Un même air peut être ornementé de plusieurs façons. Les pipe bands fixent une version commune, que tous les sonneurs doivent jouer exactement à l’identique : le moindre écart s’entend. En solo, le sonneur dispose d’un peu plus de liberté, dans le respect du style. C’est l’une des raisons pour lesquelles un air appris dans un groupe peut sonner différemment ailleurs.
Cet article peut contenir des liens partenaires. Ils n'influencent jamais ce que nous écrivons.