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La cornemuse écossaise et ses cousines de France et d'ailleurs : l'instrument, son histoire, son répertoire et la façon d'apprendre à en jouer
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Répertoire et partitions · Pibroch

Le pibroch (ceòl mòr), musique classique de la cornemuse

Le pibroch (ceòl mòr), musique classique de la cornemuse

Le pibroch est la forme la plus ancienne et la plus savante du répertoire de la cornemuse écossaise. Les sonneurs l’appellent aussi ceòl mòr, « la grande musique », par opposition au ceòl beag, « la petite musique » des marches et des danses. Lent, long, construit en variations, il déroute à la première écoute et passionne ceux qui s’y attardent.

Un nom, deux orthographes

Le mot vient du gaélique pìobaireachd, qui signifie à l’origine simplement « l’art du sonneur » ou « la musique de cornemuse ». En anglais et en français, on écrit indifféremment piobaireachd ou pibroch. Avec le temps, le terme a fini par désigner un genre précis : de grandes pièces en forme de thème et variations.

La structure : un thème et ses variations

Un pibroch s’ouvre sur un thème, l’ùrlar (« le sol », le fondement). C’est la partie la plus lente et la plus expressive, jouée avec une grande liberté rythmique. Viennent ensuite des variations, qui reprennent la trame mélodique du thème en la dépouillant peu à peu et en y ajoutant des ornements de plus en plus développés.

Le schéma le plus courant suit une progression de ce type :

ÉtapeCaractère
Ùrlarthème lent, mélodie complète
Premières variationsmélodie simplifiée, notes d’appui alternées avec des notes de la mélodie
Variation taorluathchaque note du squelette mélodique ornée d’un taorluath
Variation crunluathornements longs et rapides, sommet de la pièce
Crunluath a machvariante encore plus élaborée du crunluath, dans certains morceaux
Retour à l’ùrlarreprise du thème, souvent abrégée

Toutes les pièces ne suivent pas ce plan à la lettre. Certaines ont des variations supplémentaires, d’autres en omettent. La durée varie beaucoup : un pibroch court se joue en quelques minutes, les plus longs dépassent largement le quart d’heure. Les ornements cités, taorluath et crunluath, sont décrits dans notre page sur les ornements.

Les genres de pibroch

Les titres des pièces renseignent souvent sur leur fonction ou leur atmosphère :

  • les lamentations (laments), composées à la mort d’un chef ou d’un proche ;
  • les saluts (salutes), en l’honneur d’une personne ou d’un événement ;
  • les rassemblements (gatherings), associés à l’appel d’un clan ;
  • les pièces de bataille ou de souvenir d’un événement ;
  • des pièces plus difficiles à classer, désignées par un lieu ou une image.

Les titres traditionnels sont gaéliques ; beaucoup circulent aujourd’hui sous une traduction anglaise.

La tradition des MacCrimmon

On ne peut parler de pibroch sans évoquer les MacCrimmon. Selon la tradition, cette famille fut pendant plusieurs générations la lignée de sonneurs héréditaires des chefs MacLeod de Dunvegan, sur l’île de Skye. On lui attribue une école de cornemuse et la composition d’une partie importante du répertoire ancien.

Il faut distinguer ce que l’on sait de ce que l’on raconte. L’existence de sonneurs MacCrimmon au service des MacLeod est bien attestée, et leur prestige est immense dans la mémoire des sonneurs. En revanche, beaucoup d’attributions de morceaux à tel ou tel membre de la famille, comme les dates de leur vie et l’organisation exacte de leur école, reposent surtout sur la tradition orale et sur des écrits tardifs. D’autres familles de sonneurs héréditaires, au service d’autres chefs, ont aussi compté. Le contexte des clans est présenté dans notre page sur la culture écossaise.

Le canntaireachd : chanter la musique

Le pibroch s’est longtemps transmis de bouche à oreille, à l’aide d’un système de syllabes chantées appelé canntaireachd. Chaque note et chaque ornement correspondaient à des syllabes, ce qui permettait au maître de chanter un morceau à l’élève, avec ses ornements, sans instrument.

Quelques manuscrits anciens ont conservé des pièces notées de cette façon. Aujourd’hui encore, de nombreux enseignants chantent le pibroch à leurs élèves : le phrasé, les tenues et les respirations musicales passent mieux par la voix que par la partition.

La partition, un guide imparfait

À partir du dix-neuvième siècle, les pibrochs ont été transcrits en notation moderne et publiés en recueils. La Piobaireachd Society a joué un rôle majeur dans ce travail d’édition au vingtième siècle. Ces publications ont fixé des versions, mais aussi suscité des débats : la notation sur portée rend mal la souplesse rythmique du genre, et plusieurs façons de jouer un même morceau ont coexisté. Notre page sur les partitions explique les conventions générales de lecture.

Le pibroch en concours

Le pibroch est aujourd’hui joué surtout en concours de solistes, devant des juges et un public de connaisseurs. Les grandes compétitions écossaises imposent souvent une liste de morceaux parmi lesquels le concurrent doit préparer plusieurs pièces. Le jury juge la qualité du son de l’instrument, la précision des doigts, la mémoire et, surtout, la musicalité de l’interprétation. Le fonctionnement de ces épreuves est présenté dans notre page sur les concours.

Comment l’écouter

Quelques conseils pour une première écoute :

  1. oubliez la notion de mélodie dansante : le pibroch avance lentement et s’écoute comme une méditation ;
  2. repérez l’ùrlar, puis essayez de le reconnaître sous les variations ;
  3. écoutez l’accord des bourdons, essentiel dans ce répertoire où chaque note tenue résonne longtemps ;
  4. comparez deux interprètes sur le même morceau : les différences de phrasé sont souvent frappantes.

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