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La cornemuse écossaise et ses cousines de France et d'ailleurs : l'instrument, son histoire, son répertoire et la façon d'apprendre à en jouer
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Histoire et traditions · Cornemuses de France

Les cornemuses de France : un instrument, mille variantes

Les cornemuses de France : un instrument, mille variantes

On associe volontiers la cornemuse à l’Écosse, mais la France possède l’une des familles d’instruments les plus variées d’Europe. Presque chaque région en a connu une forme, souvent tombée en désuétude au XXe siècle puis relancée par des collecteurs, des facteurs et des musiciens passionnés. Ce tour d’horizon présente les principales.

Deux grandes façons de gonfler la poche

Avant de passer en revue les instruments, une distinction aide à s’y retrouver :

  • les cornemuses à bouche, gonflées par le souffle du musicien au moyen d’un porte-vent, comme la cornemuse écossaise ;
  • les cornemuses à soufflet, alimentées par un petit soufflet placé sous le bras. L’air n’est pas humide, ce qui ménage les anches et permet des réglages plus fins.

La France compte des représentants des deux familles.

La cornemuse du Centre

Jouée dans le Berry, le Bourbonnais, le Nivernais et le Morvan, la cornemuse du Centre est sans doute la plus répandue aujourd’hui dans le milieu des musiques traditionnelles françaises. Elle se gonfle à la bouche et porte en général un grand bourdon sur l’épaule et un petit bourdon placé à côté du hautbois (le nom local du chanter). Son répertoire est celui des bourrées, des scottishs et des valses jouées dans les bals.

Elle a ses rencontres de luthiers et de musiciens, et elle est enseignée dans de nombreuses associations et écoles de musique. Sa facture s’est beaucoup renouvelée avec le mouvement folk de la fin du XXe siècle.

La musette de cour, cornemuse baroque

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la cornemuse entre dans les salons aristocratiques sous la forme raffinée de la musette de cour. Alimentée par un soufflet, elle possède un ou deux chalumeaux et des bourdons réunis dans un cylindre compact, la « layette », où l’on règle les notes au moyen de coulisseaux. Les bergeries à la mode inspirent une abondante littérature pour l’instrument. La famille Hotteterre a compté parmi ses facteurs et ses interprètes les plus connus.

Disparue à la fin de l’Ancien Régime, la musette de cour est aujourd’hui jouée par des musiciens spécialisés dans la musique ancienne.

La cabrette d’Auvergne

La cabrette est la cornemuse à soufflet du Massif central, en particulier du Cantal et de l’Aveyron. Son nom évoque la chèvre, dont la peau servait à faire la poche. Elle a suivi les Auvergnats montés à Paris au XIXe siècle : on en jouait dans les bals de la capitale, et le mot « musette », qui désignait couramment la cabrette, a fini par donner son nom au bal musette, même lorsque l’accordéon a pris le dessus.

La boha des Landes de Gascogne

La boha est la cornemuse de la Grande Lande. Elle se distingue par une pièce unique en bois, de section rectangulaire, dans laquelle sont percés à la fois le chalumeau mélodique et un bourdon parallèle. Sa poche, en peau de mouton, est souvent laissée avec sa laine à l’extérieur, ce qui lui donne un aspect immédiatement reconnaissable. Presque éteinte au milieu du siècle dernier, elle a été relancée dans les décennies suivantes.

La veuze du pays nantais

Gonflée à la bouche, la veuze est jouée dans le sud de la Bretagne historique, autour de Nantes, ainsi que dans le Marais breton-vendéen. Elle possède un seul bourdon et un chalumeau au son puissant, adapté aux danses en plein air. Elle a été remise en valeur par des collectages et des associations locales.

La chabrette limousine

La chabrette est la cornemuse du Limousin. Le nom, comme celui de la cabrette, renvoie à la chèvre. Gonflée à la bouche, elle porte souvent un décor soigné, parfois agrémenté d’un petit miroir sur la boîte qui reçoit le chalumeau. Après une longue éclipse, elle est de nouveau fabriquée et jouée, notamment pour le répertoire de danses du Limousin.

Le biniou kozh breton

Petit, aigu et puissant, le biniou kozh (« vieux biniou ») ne porte qu’un bourdon. Il forme avec la bombarde le célèbre couple de sonneurs, présenté en détail dans l’article biniou et bombarde. Il ne faut pas le confondre avec le biniou braz, nom breton de la cornemuse écossaise utilisée dans les bagadoù.

La bodega du haut Languedoc

Dans la Montagne Noire et ses environs, la bodega se reconnaît à sa poche, faite d’une peau de chèvre presque entière, de grande taille. Elle se gonfle à la bouche et donne un son grave et rond. Elle aussi a bénéficié du mouvement de renouveau des musiques occitanes.

La cornemuse des Flandres

Dans le nord de la France et en Belgique, la cornemuse flamande, ou doedelzak, est celle que l’on voit dans les tableaux de Brueghel. Elle porte en général deux bourdons. Disparue de l’usage populaire, elle est aujourd’hui reconstruite d’après l’iconographie et jouée par des groupes de musique traditionnelle et médiévale.

Tableau récapitulatif

InstrumentRégionAlimentation
Cornemuse du CentreBerry, Bourbonnais, MorvanBouche
Musette de courCour et salons (XVIIe-XVIIIe s.)Soufflet
CabretteAuvergne, Aveyron, ParisSoufflet
BohaLandes de GascogneBouche
VeuzePays nantais, Marais breton-vendéenBouche
ChabretteLimousinBouche
Biniou kozhBasse-BretagneBouche
BodegaHaut LanguedocBouche
Cornemuse des FlandresFlandre française et belgeBouche

Où les entendre et les apprendre

Ces instruments vivent surtout dans les bals, les stages et les rencontres de musique traditionnelle, présentés dans le guide des rendez-vous de la cornemuse. Si vous hésitez entre une cornemuse régionale et la cornemuse écossaise, les conseils pour apprendre et pour acheter un instrument valent dans les grandes lignes pour les deux : commencer avec un enseignant, essayer avant d’acheter, et se renseigner sur le facteur. Les cousines européennes et lointaines de ces instruments sont réunies dans l’article sur les cornemuses du monde.

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