La cornemuse dans les cérémonies : mariages, obsèques, hommages

Peu d’instruments marquent un moment solennel comme la cornemuse. Sa puissance, son son continu et son timbre particulier lui ont valu une place durable dans les rites de passage, d’abord en Écosse et dans l’armée britannique, puis bien au-delà. Voici les usages les plus répandus, les airs que l’on entend le plus souvent, et les points pratiques à examiner quand on envisage la présence d’un sonneur.
Pourquoi la cornemuse dans les cérémonies
Dans la société des clans, le sonneur accompagnait déjà les grands moments de la vie du chef : naissances, mariages, funérailles. Le répertoire classique, le pibroch, compte d’ailleurs de nombreux laments composés pour pleurer un défunt.
L’armée britannique a prolongé cette tradition : le sonneur joue lors des revues, des enterrements militaires et des commémorations. Dans le monde anglophone, la cornemuse est ainsi associée aux obsèques de policiers et de pompiers, notamment aux États-Unis et au Canada, où de nombreux services disposent de leur propre pipe band.
Les mariages
Lors d’un mariage, le sonneur intervient le plus souvent à trois moments :
- l’arrivée des invités ou de la mariée, à l’extérieur du lieu de cérémonie ;
- la sortie des mariés, souvent le moment le plus spectaculaire ;
- la réception, pour accueillir les invités, accompagner l’entrée des mariés dans la salle ou, dans les mariages écossais, l’arrivée du gâteau.
Les airs choisis sont généralement joyeux : marches, airs de danse ou chansons traditionnelles. On entend souvent Mairi’s Wedding, chanson des Hébrides devenue un classique des fêtes, Highland Cathedral, composition récente au caractère solennel, ou des marches de mariage écossaises. Pour les différents types d’airs, voir l’article sur les marches, strathspeys et reels.
Les obsèques
La cornemuse est fréquemment demandée pour des obsèques, en particulier lorsque le défunt avait un lien avec l’Écosse, l’Irlande, la Bretagne ou l’armée. Le sonneur peut jouer :
- à l’arrivée du cercueil ;
- pendant un moment de recueillement ;
- au cimetière, au moment de la mise en terre.
Un usage répandu consiste à jouer un lament en s’éloignant lentement, jusqu’à ce que le son se perde dans le lointain. Ce départ progressif est souvent le moment le plus marquant pour l’assistance.
Les commémorations
Dans les cérémonies du souvenir, le sonneur joue en général après la minute de silence ou lors du dépôt de gerbes. Au Royaume-Uni, dans les pays du Commonwealth et lors des commémorations des deux guerres mondiales, y compris sur les anciens champs de bataille en France, la cornemuse est très présente.
Les airs les plus joués
| Air | Origine | Usage le plus courant |
|---|---|---|
| Amazing Grace | Hymne anglais du XVIIIe siècle | Obsèques, hommages, mariages |
| Flowers of the Forest | Lament écossais lié à la bataille de Flodden (1513) | Obsèques militaires, commémorations |
| Scotland the Brave | Air écossais popularisé au XXe siècle | Défilés, fêtes, sorties de mariage |
| Highland Cathedral | Composition de la fin du XXe siècle | Mariages, cérémonies officielles |
| The Skye Boat Song | Chanson évoquant la fuite de Charles Édouard Stuart | Moments de recueillement |
| Mairi’s Wedding | Chanson des Hébrides | Mariages, réceptions |
Amazing Grace
Le texte a été écrit par John Newton, ancien marin devenu pasteur, et publié en 1779. La mélodie à laquelle on l’associe aujourd’hui n’est pas écossaise : elle est d’origine américaine. Son lien avec la cornemuse date surtout des années 1970, lorsqu’un enregistrement des sonneurs et tambours des Royal Scots Dragoon Guards a connu un très grand succès au Royaume-Uni. Depuis, c’est sans doute l’air le plus demandé aux sonneurs dans les cérémonies.
Flowers of the Forest
Ce lament évoque la bataille de Flodden, en 1513, où l’armée écossaise subit une lourde défaite et où mourut le roi Jacques IV. Les paroles les plus connues ont été écrites au XVIIIe siècle par Jean Elliot. Dans la tradition militaire britannique, cet air est réservé aux obsèques et aux commémorations, et certains sonneurs évitent de le jouer en dehors de ces occasions.
Scotland the Brave
Marche entraînante, souvent jouée en défilé, Scotland the Brave figure parmi les airs les plus connus du grand public. Elle convient mieux aux moments festifs qu’aux cérémonies de deuil.
Questions pratiques à prévoir
Avant de prévoir la présence d’un sonneur, quelques points méritent d’être vérifiés :
- L’autorisation du lieu. Certaines églises, mairies ou salles encadrent la musique pendant les cérémonies. Il est préférable de demander l’accord du célébrant ou du gestionnaire.
- Le volume. La cornemuse écossaise est très puissante : elle se prête mal à un petit espace fermé. Elle donne son meilleur à l’extérieur ou sur un parvis.
- La météo. Le froid et l’humidité affectent l’accord de l’instrument, décrit dans l’article sur l’accord de la cornemuse. Le sonneur a besoin de quelques minutes pour accorder sur place.
- Le choix des airs. Il se fait en dialogue avec le sonneur, qui connaît son répertoire et sait ce qui convient au moment.
- La tenue. Selon les cas, le sonneur se présente en tenue des Highlands complète ou allégée (voir la tenue des Highlands).
- Le minutage. Il faut prévoir à quel moment précis le sonneur commence et s’arrête, et qui lui donne le signal.
Une présence à respecter
Au-delà de l’effet, la cornemuse porte une charge symbolique forte, en particulier dans les cérémonies militaires et funéraires. Respecter les usages, notamment le caractère réservé de certains laments, fait partie du sens même de sa présence.
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