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La cornemuse écossaise et ses cousines de France et d'ailleurs : l'instrument, son histoire, son répertoire et la façon d'apprendre à en jouer
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Histoire de la cornemuse, de l'Antiquité au renouveau breton

Histoire de la cornemuse, de l'Antiquité au renouveau breton

La cornemuse n’a pas d’inventeur ni de berceau unique. Le principe, une réserve d’air souple qui alimente un ou plusieurs tuyaux à anche, est apparu en plusieurs endroits et a pris mille formes. Son histoire se lit donc par fragments : quelques textes anciens, beaucoup d’images médiévales, puis, à partir de l’époque moderne, des sources écrites de plus en plus précises.

Une origine antique difficile à dater

Les instruments à anche simple ou double, joués directement à la bouche, sont attestés très tôt autour de la Méditerranée et au Proche-Orient. L’idée d’y ajouter une poche en peau, pour souffler moins et jouer sans interruption, est plus difficile à situer. Plusieurs auteurs grecs et latins semblent évoquer un joueur de « flûte à outre », et l’historien romain Suétone rapporte que Néron avait promis de se produire comme utricularius, terme que l’on traduit souvent par joueur de cornemuse.

Ces mentions restent rares et leur interprétation discutée. Il est prudent de dire que des instruments à réservoir d’air existaient probablement dans l’Antiquité, sans pouvoir en décrire précisément la forme. Les récits qui font de la cornemuse un instrument apporté en Écosse par les légions romaines relèvent de la spéculation.

Le Moyen Âge, âge d’or des images

C’est à partir du Moyen Âge central que la cornemuse devient très visible en Europe. On la trouve sculptée sur les chapiteaux et les stalles des églises, peinte dans les marges des manuscrits, tenue par des anges musiciens comme par des bergers. Les miniatures des Cantigas de Santa Maria, recueil réalisé à la cour d’Alphonse X de Castille au XIIIe siècle, en montrent plusieurs modèles différents.

La littérature confirme sa popularité. Dans les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer, à la fin du XIVe siècle, le Meunier mène la troupe des pèlerins hors de Londres au son de sa cornemuse. L’instrument accompagne alors les danses, les fêtes, les processions et le travail des champs. Il n’est attaché à aucun pays en particulier : on en joue de la Scandinavie à la péninsule Ibérique.

À la fin du Moyen Âge et à la Renaissance apparaissent des perfectionnements : bourdons plus nombreux, puis, dans certaines régions, soufflet actionné par le bras à la place de l’insufflation buccale. Les peintres flamands, Pieter Brueghel l’Ancien en tête, représentent souvent des joueurs dans des scènes de noces et de kermesses.

L’Écosse et la cornemuse des Highlands

En Écosse, les premières mentions sûres d’une cornemuse datent de la fin du Moyen Âge. L’instrument qui deviendra la Great Highland Bagpipe, décrite dans la page consacrée à l’instrument, se fixe progressivement entre le XVIe et le XVIIIe siècle.

Dans la société des clans, le joueur de cornemuse occupe une place reconnue auprès du chef. Certaines familles de sonneurs héréditaires sont restées célèbres, au premier rang desquelles les MacCrimmon, sonneurs des MacLeod de Dunvegan sur l’île de Skye. On leur associe le développement du pibroch, ce répertoire savant présenté dans l’article sur le ceòl mòr, même si la part exacte qui leur revient reste difficile à établir.

Après la défaite jacobite de Culloden en 1746, le Parlement britannique adopte une série de lois destinées à briser le système des clans, dont l’interdiction du port du costume des Highlands. On lit souvent que la cornemuse fut elle aussi interdite comme « instrument de guerre » : les textes de loi ne la nomment pas, et cette idée relève davantage de la tradition que d’un fait établi.

Les régiments et la diffusion mondiale

Le rôle militaire de la cornemuse est en revanche bien documenté. Dès le XVIIIe siècle, l’armée britannique lève des régiments dans les Highlands, comme le Black Watch, constitué en régiment en 1739. Les sonneurs y accompagnent les marches et les combats. Leur présence dans les guerres de l’Empire britannique contribue à faire connaître l’instrument dans le monde entier.

Au XIXe siècle, les sonneurs militaires sont associés à des tambours, et cette association donne naissance au pipe band, avec ses pupitres de cornemuses, de caisses claires, de ténors et de grosse caisse (voir l’article sur les percussions). Les émigrants écossais et les militaires démobilisés emportent ce modèle au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis.

Le XXe siècle organise cette pratique. La Piobaireachd Society est fondée en 1903 pour préserver et publier le répertoire classique. Une association de pipe bands, aujourd’hui la Royal Scottish Pipe Band Association, est créée en 1930 et structure les concours par niveaux.

Le renouveau breton

En Bretagne, la cornemuse locale, le biniou kozh, joue en couple avec la bombarde depuis des siècles (voir biniou et bombarde). Au début du XXe siècle, quelques sonneurs bretons découvrent la cornemuse écossaise, qu’on appellera biniou braz, « grand biniou ».

Le tournant vient avec la création de la Bodadeg ar Sonerion, l’assemblée des sonneurs, en 1943. Elle promeut un ensemble nouveau, le bagad, qui réunit cornemuses écossaises, bombardes et percussions. Le modèle s’inspire du pipe band, mais s’appuie sur le répertoire breton. Après la guerre, les bagadoù se multiplient, des concours sont organisés, et la musique bretonne connaît un essor durable qui gagne aussi le fest-noz et la scène.

Repères

PériodeFait marquant
AntiquitéMentions rares d’instruments à outre, interprétation discutée
XIIIe siècleCornemuses dans les miniatures des Cantigas de Santa Maria
Fin XIVe siècleLe Meunier cornemuseux des Contes de Canterbury
XVIe-XVIIIe siècleFixation de la Great Highland Bagpipe, sonneurs héréditaires
1739Le Black Watch constitué en régiment
1746Lois consécutives à Culloden, dont l’interdiction de la tenue des Highlands
1903Fondation de la Piobaireachd Society
1930Création de l’association des pipe bands écossais
1943Création de la Bodadeg ar Sonerion en Bretagne

L’histoire de la cornemuse ne s’arrête pas là : chaque région d’Europe a gardé ou ressuscité sa propre variante, comme le montre le tour d’horizon des cornemuses de France.

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