Les bourdons de la cornemuse : ténors, basse et équilibre sonore

Les trois bourdons posés sur l’épaule du sonneur font plus que décorer : ils produisent le fond sonore continu qui distingue la cornemuse de tout autre instrument à vent. Un bon jeu de bourdons, bien réglé, donne un son ample et stable ; mal réglé, il fatigue l’oreille et le souffle. Voici comment ils sont construits et comment ils fonctionnent.
Trois tuyaux, deux notes
La Great Highland Bagpipe porte deux bourdons ténors et un bourdon basse. Les ténors sonnent à l’unisson, une octave sous la note La du chanter ; la basse sonne une octave plus bas encore, soit deux octaves sous ce La.
| Bourdon | Sections au-dessus de la souche | Note |
|---|---|---|
| Ténor (×2) | 2 | Une octave sous le La du chanter |
| Basse | 3 | Deux octaves sous le La du chanter |
Pourquoi doubler les ténors ? Deux tuyaux à l’unisson parfaitement accordés renforcent la note et la rendent plus riche. Si l’accord entre eux n’est pas exact, on entend au contraire des battements, ces ondulations régulières du volume qui trahissent immédiatement un réglage approximatif.
Comment un bourdon produit sa note
Chaque bourdon contient une anche simple logée dans la souche : une languette qui vibre contre un corps de tuyau et hache le flux d’air venu de la poche. La vibration se transmet à la colonne d’air du bourdon, dont la longueur fixe la hauteur de la note. La perce est cylindrique, ce qui explique la longueur importante des tuyaux, surtout celle de la basse.
Le sommet de chaque bourdon s’évase en une cloche. La forme intérieure de cette cloche, comme le diamètre de la perce et la qualité du bois, participe à la couleur du son, et c’est l’une des signatures des différents facteurs.
Les coulisses d’accord
Les sections d’un bourdon s’emboîtent par des tenons garnis de chanvre ou de fil. L’emboîtement du haut, appelé coulisse d’accord, est conçu pour glisser :
- tirer la section vers le haut allonge le tuyau et fait baisser la note ;
- enfoncer la section raccourcit le tuyau et fait monter la note.
Sur le bourdon basse, une seconde coulisse permet un réglage grossier, la coulisse supérieure servant aux corrections fines. Le garnissage doit être assez ferme pour que la coulisse ne bouge pas avec les vibrations et les mouvements du sonneur, mais assez souple pour être ajusté d’une main. La marche à suivre pour l’accord, de l’échauffement à la vérification finale, est décrite dans la page accorder sa cornemuse.
Le réglage des anches de bourdon
L’anche détermine à la fois la plage d’accord et la consommation d’air du bourdon. Les anches synthétiques modernes disposent souvent d’une vis ou d’une bague de réglage, et parfois d’un petit élastique ou d’une ligature, la bride (bridle en anglais), qui modifie la longueur vibrante de la languette.
- Languette plus longue : note plus grave, bourdon plus gourmand en air.
- Languette plus courte : note plus aiguë, bourdon plus économe, mais qui peut « couper » sous une pression forte.
Le réglage cherche un compromis : chaque bourdon doit démarrer facilement, tenir sa note sans s’arrêter quand la pression monte un peu, et laisser la coulisse d’accord dans une position raisonnable, ni trop haute ni trop basse. Une coulisse qui doit être tirée presque jusqu’au bout signale une anche à reprendre. Le détail des types d’anches figure dans la page les anches de cornemuse.
L’équilibre entre bourdons et chanter
Un instrument agréable n’est pas seulement juste : ses trois bourdons ont un volume homogène, et l’ensemble ne couvre pas le chanter. Quelques repères :
- la basse doit soutenir sans écraser les ténors ;
- les deux ténors doivent avoir le même timbre, ce qui suppose des anches de même type et de même réglage ;
- le volume global des bourdons doit laisser la mélodie se détacher nettement.
Dans un pipe band, cet équilibre se pense à l’échelle du groupe : les bourdons de tous les sonneurs doivent fusionner en un seul son. C’est l’une des raisons pour lesquelles les groupes harmonisent souvent leurs anches et leurs réglages.
Arrêter un bourdon
Pour régler un bourdon isolément ou travailler le chanter seul avec la cornemuse complète, on bouche les bourdons à l’aide d’un bouchon placé au sommet, ou d’un obturateur logé dans la souche. Certains sonneurs débutants jouent quelques semaines avec un ou deux bourdons fermés, le temps de maîtriser la pression : moins de bourdons ouverts, c’est moins d’air à fournir. Cette progression est détaillée dans la page sur le souffle et la pression.
Les problèmes courants
| Symptôme | Causes possibles |
|---|---|
| Le bourdon ne démarre pas | Anche trop dure, mal placée, ou fuite à la souche |
| Le bourdon s’arrête sous la pression | Anche trop sensible, languette trop courte |
| La note dérive au fil du morceau | Pression irrégulière, humidité, coulisse qui glisse |
| Battements entre les ténors | Accord imprécis, anches dissemblables |
| Bourdon qui « gargouille » | Condensation dans l’anche ou la souche |
Beaucoup de ces problèmes viennent en réalité de la pression d’air plutôt que du bourdon lui-même : avant de toucher aux anches, il vaut la peine de vérifier que le souffle est stable et que la poche est étanche.
Entretien
Les bourdons demandent peu de soins : un écouvillon passé régulièrement dans la perce pour retirer l’humidité et la poussière, un garnissage de chanvre refait quand il se tasse, et une surveillance des fissures, surtout sur un bois exposé au froid. Les anches, elles, se retirent lorsque l’instrument est rangé longtemps, et se nettoient avec douceur.
Cet article peut contenir des liens partenaires. Ils n'influencent jamais ce que nous écrivons.